Comment éviter la propagation de fausses informations en ligne?

Prévention et pistes de solution

Icone d'une ampoule électrique.

La lutte contre les fausses informations n’est pas réservée qu’aux journalistes, ou aux spécialistes en cybersécurité et des plateformes numériques. Tout le monde a un rôle à jouer. Un simple partage peut amplifier la propagation, tout comme un geste responsable peut la freiner.

Faire preuve de cybercitoyenneté responsable, c’est adopter une attitude critique, consciente et éthique face à l’information. Pour cela, vous devez reconnaitre des situations à risque, développer de bons réflexes et vous doter d’une boite à outils.

Derrière l’écran – Anatomie d’une fausse information

Danilo Dantas, professeur titulaire et expert au Pôle médias de HEC Montréal

Un titre d’article accrocheur, une image saisissante ou une vidéo spectaculaire. La recette parfaite pour attirer les clics. Derrière ce contenu viral, il y a souvent autre chose : une mécanique bien huilée… celle de la désinformation soit lorsqu’une information est fausse et qu’elle est communiquée avec l’intention de nuire.

À l’ère numérique, les fausses informations circulent plus vite que jamais. Et aujourd’hui, une nouvelle actrice entre en scène : l’intelligence artificielle. Elle rend les manipulations plus simples, plus crédibles… et plus dangereuses. Mais elle peut aussi nous aider à y voir clair.

La fabrication

Une fausse nouvelle n’est pas le fruit du hasard. Elle est conçue, structurée, orientée.

L’intention cachée derrière la désinformation peut être idéologique, économique ou avoir comme simple objectif de devenir virale.

L’image saisissante peut être sortie de son contexte, la vidéo spectaculaire ou le texte d’un article peuvent être générés par l’intelligence artificielle. Avec l’IA, la manipulation devient un jeu d’enfant accessible à tous.

En 2025, une équipe australienne de scientifiques a demandé volontairement à cinq modèles d’IA de produire de fausses informations médicales crédibles aux yeux d’un large public.

Résultat : quatre des cinq modèles d’IA testés ont accepté d’accomplir la tâche. On y affirmait entre autres que le régime alcalin guérit le cancer, que le VIH est transmissible par voie aérienne, ou encore que les vaccins causent l’autisme. Les réponses étaient formulées dans un ton scientifique et convaincant, avec des sources inventées faisant référence à des revues prestigieuses.

Cette étude met en lumière un risque majeur : des modèles d’IA peuvent être manipulés pour créer des agents spécialistes de désinformations médicales, accessibles au public et difficilement détectables, ce qui peut représenter un danger de santé public.

La propagation

Une fois en ligne, les fausses informations de ce genre peuvent se répandre comme une trainée de poudre. Facebook, TikTok, ou même sur certains sites d’information peu rigoureux : la nouvelle est partout. Mais ce qui la rend virale, ce n’est pas sa véracité. C’est sa charge émotionnelle. Colère, peur, dégoût… votre désir de partager cette information-choc est plus grand que celui d’en vérifier la véracité.

Et les algorithmes — eux aussi pilotés par l’intelligence artificielle — favorisent les contenus qui suscitent les réactions, et non pas ceux qui informent. Le mensonge devient viral. La nuance, elle, reste en marge.

En septembre 2024, le robot conversationnel de la plateforme X, Grok, diffuse de fausses informations sur les règles de vote aux États-Unis. Il affirme à tort que le délai d’inscription d’un candidat à la présidence est dépassé. Aidé par les algorithmes, cette information devient virale.

Des millions de personnes reçoivent cette fausse information, soit plus que le démenti publié par les autorités électorales. Comme quoi, une fausse nouvelle peut rejoindre un plus large public que celle qui est vraie.

Les conséquences

Et le plus inquiétant, c’est que même après démenti, une partie du public continue de croire à la fausse nouvelle. C’est que l’émotion ressentie l’emporte souvent sur la correction reçue.

Ses effets sont bien réels. La fausse information peut semer la panique lors d’une crise sanitaire, rapidement détruire une réputation, alimenter la haine ou même fausser un processus démocratique.

Les conséquences sont humaines, sociales, et peuvent parfois être tragiques. Et elles rappellent que l’information est un levier de pouvoir, pour le meilleur ou pour le pire.

En juillet 2025, une vidéo sur TikTok affirme qu’un ouragan menace Houston. La publication a été visionnée plus de 100 000 fois et partagée 9 000 fois, malgré l’absence d’avertissement officiel des autorités. Résultat, une panique irrationnelle s’installe. Files d’attente, achats massifs de fournitures, évacuations improvisées. Tout cela, pour un danger… qui n’existait pas.

L’IA au service de la vérification

Bien utilisés, les outils d’intelligence artificielle deviennent des alliés indispensables. Aujourd’hui, ils aident les journalistes, les chercheurs et chercheuses, la population à détecter les contenus falsifiés, à repérer les images manipulées, à analyser la fiabilité d’un texte.

Avec l’aide de l’IA, des applications peuvent analyser des articles en ligne, les classer selon leur niveau de véracité – vrai, faux ou incertain – et fournir des compléments d’explication.

L’intelligence artificielle est un outil puissant, mais son rôle doit être de vous aider à porter un jugement et non de le remplacer. L’IA n’est ni bonne, ni mauvaise. Tout dépend de ce qu’on en fait. Et face à la désinformation, vous avez un rôle à jouer : vérifier avant de partager, consulter plus d’une source d’information et résister au réflexe du partage trop rapide.

Dans un monde où tout va très vite, votre esprit critique demeure votre meilleure défense. Et c’est la vérité qui mérite d’être partagée.

Reconnaissez les situations à risque

Les fausses informations circulent discrètement sur le Web et les réseaux sociaux. Souvent crédibles en apparence, elles peuvent pourtant être entièrement fabriquées.

Comment distinguer le vrai du faux?

Commencez par reconnaitre les trois catégories de fausses informations, les effets ressentis et tangibles ainsi que les mécanismes psychologiques utilisés pour vous piéger. Il est également pertinent, bien que parfois impossible, d’identifier l’objectif de la fausse information et de la personne qui l’a créée.

En développant ces aptitudes, vous êtes davantage à même d’identifier une situation à risque.

Une vidéo réelle… mais faussement présentée

Adoptez les bons réflexes

Vous venez de reconnaitre une situation à risque. Avant de croire à une information ou de la partager, il est essentiel de prendre un pas de recul. Voici les bons réflexes à adopter face à une potentielle fausse information sur les réseaux sociaux comme ailleurs :

Un homme est dans la position du lotus.

Demeurez calme avant de partager

Les fausses informations misent sur des réactions fortes. Si un contenu vous fait réagir vivement, prenez un pas de recul. Respirez, réfléchissez, puis vérifiez.

Une dame regarde le journal attentivement.

Lisez au-delà du titre

Un titre accrocheur n’est aucunement garant de la fiabilité d’une information. Avant de partager, lisez l’article dans son intégralité et demandez-vous s’il s’agit de faits, d’opinions, ou d’informations fausses ou manipulées.

Une femme regarde l'écran de son ordinateur à l'aide d'une loupe.

Vérifiez la source

Une belle présentation n’est pas synonyme de véracité. Vérifiez d’où provient l’information : d’un média reconnu, d’une organisation crédible ou d’un compte douteux? Sans source fiable, évitez de partager.

un homme regarde son écran d'ordinateur les bras croisés.

Reconnaissez vos limites

Vous ne pouvez pas tout connaitre. Mieux vaut vous abstenir que de relayer une information mal comprise. C’est une preuve de bon jugement et non d’ignorance.

Un scientifique regarde le contenu d'une éprouvette.

Faites preuve de vigilance sur les sujets sensibles

Santé, politique, immigration, environnement… Ces thèmes sont propices à la création de fausses informations. Une vigilance accrue est de mise, surtout lorsqu’il est question de sujets sensibles.

Une femme regarde ses deux écrans d'ordinateur.

Cherchez une confirmation fiable

Si une information vous semble sensationnelle et est introuvable ailleurs, méfiez-vous. Consultez d’autres sources fiables et ne relayez rien sans recoupement.

Les fausses informations se propagent vite, mais un simple moment de réflexion peut suffire à les freiner.

Lire, réfléchir, vérifier : ces gestes simples permettent de limiter la circulation d’informations fausses et malsaines. En ligne comme ailleurs, le doute systématique peut éviter bien des dégâts.

Un faux témoignage relayé par un influenceur

Dotez-vous d’une boite à outils

Pour lutter efficacement contre la propagation de fausses informations, il est essentiel de vous munir de bons outils. Certains outils numériques permettent de vérifier rapidement la fiabilité d’un contenu.

Ces ressources gratuites, accessibles et efficaces, peuvent vous aider à authentifier des images, vérifier des informations et évaluer la crédibilité d’un site Web, afin de réagir de manière éclairée, et ainsi vous protéger contre la mésinformation, la désinformation et la malinformation.

Image représentant des écouteurs, une paire de lunette et une loupe.

Outils de vérification des faits

Image d'un appareil photo.

Outils de recherche d’images inversée

Image d'un ordinateur.

Techniques

Image d'un porte-documents.

Ressources

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Outils de vérification des faits

Image représentant des écouteurs, une paire de lunette et une loupe.

Confirmer la véracité de l’information auprès de sources journalistiques ou scientifiques fiables

  • AFP Factuel
    Service de l’Agence France-Presse qui utilise l’intelligence artificielle et vérifie les fausses informations
  • Les Décrypteurs
    Journalistes de Radio-Canada qui traquent les fausses informations sur les réseaux sociaux
  • Les Décodeurs
    Journalistes du journal Le Monde qui analysent et remettent en contexte rumeurs, chiffres et citations qui circulent en France
  • Détecteur de rumeurs
    Service de l’agence Science-Presse qui vérifie les affirmations scientifiques

2

Outils de recherche d’images inversée

Image d'un appareil photo.

Retrouver l’origine d’une image et repérer ses utilisations sur le Web

  • Google Images
    Moteur de recherche à partir d’une capture d’écran ou d’une photo
  • Lenso.ai
    Moteur de recherche utilisant l’intelligence artificielle pour identifier des visages, des lieux, des doublons et des images semblables ou liées​
  • Observatoire DeFacto
    Extension à ajouter à votre navigateur Web basé sur Chrome (Chrome, Brave, Edge, Opera, etc.) pour décomposer les vidéos en images clés, extraire les métadonnées et effectuer une recherche inversée sur les moteurs d’images de Google, Yandex, Bing et TinEye
  • DupliChecker
    Outil permettant d’identifier l’origine d’une image, de retrouver des doublons, des visages similaires ou des contenus visuellement semblables

3

Techniques

Image d'un ordinateur.

Confirmer la fiabilité d’un site Web

  • Rechercher le nom du site sur Google : est-il reconnu? Les résultats pointent-ils vers le bon domaine?
  • Vérifier la crédibilité d’un site Web en le recherchant sur NordVPN, OVHcloud WHOIS ou Crawl-Tools : à qui appartient le nom de domaine? Depuis quand existe-t-il?
  • Vérifier sur le site NordVPN Analyse de lien si le site Web suspect se trouve sur une liste noire.

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Ressources

Image d'un porte-documents.

Consulter des ressources officielles pour obtenir des données fiables et à jour

attention Certains outils pertinents sont uniquement disponibles en anglais.

Malheureusement, les équivalents en français n’existent pas encore. Nous assurerons une veille et mettrons à jour cette liste au fur et à mesure que des outils semblables en français deviendront accessibles. Vous pouvez consulter les outils (.pdf, 145 ko) actuellement disponibles en anglais.